Il y a des Coupes du Monde qu’on aimerait oublier parce que le jeu était médiocre, comme par exemple celle jouée en Italie en 1990, et il y a des Coupes du Monde qu’on aimerait oublier pour d’autres raisons…

 

C’est le cas de la Coupe du Monde de 1978 en Argentine, pour des raisons politiques, en l’occurence. Car nous avons certes assisté à de beaux matchs, mais à la tête du pays organisateur trône une sordide dictature militaire, celle des généraux Videla et Galtieri. Ce même Galtieri qui entraînera plus tard son pays dans une guerre anachronique contre l’Angleterre, la Guerre des Malouines.

En 1978, il est donc exclu pour le pouvoir argentin de ne pas gagner sa Coupe du Monde. Cela constitue d’ailleurs une question de vie ou de mort pour la junte militaire alors aux commandes du pays. Tous les moyens vont ainsi être mis en oeuvre par les généraux à Buenos Aires pour parvenir à leurs fins, et pas seulement des moyens sportifs.

Cette épisode de l’histoire du foot, Stéphane Benhamou nous le fait revivre dans son documentaire « La véritable Histoire des Coupes du Monde » sorti en juin 2014.

Replongeons donc dans le contexte de cette année 78, avec un mot qui était sur toutes les lèvres (ou presque…) avant le début de la compétition : boycott.

 

« C’est effectivement la première fois qu’on défile dans la rue pour demander le boycott d’une coupe du monde, et plus particulièrement en France, où un comité s’est constitué, à l’initiative de personnalités telles que François Gèze, fondateur des Editions de la Découverte, Marek Halter, Louis Aragon ou le philosophe occidentaliste Jean-François Revel. Face à ces gens qui disent « on ne peut pas y aller », on trouve l’entraineur et certains joueurs de l’équipe de France, comme Michel Hidalgo ou Michel Platini, qui eux affirment qu’ils se rendront en Argentine pour participer au Mundial, fût-ce à la nage. »

 

La France ne s’est pas qualifiée à une Coupe du Monde depuis 1966, et l’attente est immense. En Argentine, lorsque la junte s’installe à la tête du pays en 1976, sa toute première préoccupation est de savoir de quelle façon instrumentaliser au mieux l’événement, dans le but évident de se racheter une conduite et de faire taire les critiques. Car le peuple argentin attend de pouvoir organiser son Mondial depuis si longtemps, en fait depuis la première édition en 1930, et à chaque fois, l’argument avancé par les instances internationales du foot pour ne pas lui attribuer est que le régime politique en place n’est pas assez stable. Le pays connait en effet des coups d’état à répétition depuis 1966 et le début de la « Révolution Argentine ».

Mais l’organisation de la Coupe du Monde 1978 est finalement attribuée à l’Argentine, quelques années avant l’arrivée de la junte militaire au pouvoir en 1976. Les généraux vont donc confier leur communication à une agence de publicité new-yorkaise, la Burson Marsteller, afin de les aider à apporter toutes les garanties de réussite dans l’organisation de l’événement aux instances ainsi qu’à l’opinion publique internationale.

Cette campagne de communication s’appuiera sur toutes les personnalités argentines célèbres à l’étranger, telles que le boxeur Carlos Monzon ou le coureur automobile Manuel Fangio, avec comme but celui de séduire les médias internationaux, et en particulier ceux plutôt dans le camp du boycott.

 

« Et puis il faut cacher les crimes et les exactions commis par la junte, responsable de la disparition de plus de 30.000 supposés opposants entre 1976 et 1978. Il n’y a pas une famille argentine, en particulier à Buenos Aires et Mendoza, qui n’ait pas à déplorer la perte ou la disparition d’un de ses membres. Tout le monde sait qu’il se passe des choses épouvantables en Argentine, mais la junte va parvenir à les cacher aux yeux du monde. Il faut que la politique reste étrangère à tout ça… »

 

A présent, c’est bien beau d’organiser cette Coupe du Monde mais il va falloir absolument la gagner. C’est alors que les Argentins vont employer les moyens les plus scandaleux pour parvenir en finale, notamment contre l’équipe du Pérou que les Argentins devaient battre 6 à 0, score qui n’existe pas en Coupe du Monde à ce niveau-là. Le match était évidemment truqué. Contre une large victoire lui permettant d’accéder en finale, l’Argentine efface une partie de la dette péruvienne, livre 30.000 tonnes de céréales et octroie au Pérou des avantages commerciaux substantiels. Il est question aussi de libération de prisonniers politiques…

Mais le Pérou est aussi récompensé par l’arrestation de treize supposés opposants au régime de Francisco Morales Bermúdez, réfugiés en Argentine, et que la junte militaire argentine fera disparaître. Dans le cadre de l’Opération Condor (Coordination des différentes dictatures d’Amérique latine afin de traquer et éliminer leurs opposants), l’Argentine et le Pérou conviennent d’un accord concernant le match les opposant au second tour. L’Argentine, qui devait l’emporter avec une différence d’au moins quatre buts pour se qualifier, se charge de faire exécuter par sa police politique les treize opposants péruviens en échange de l’assurance d’une large victoire lors de la rencontre sportive. L’Argentine s’imposera effectivement sur un glorieux 6-0 alors que les treize opposants seront tués au cours d’un tristement célèbre « vol de la mort ».

L’Argentine finit donc par remporter sa Coupe du Monde face aux Pays-Bas le 25 juin 1978. Le capitaine hollandais Ruud Krol déclarera : « la mafia nous a eus. » L’arbitre fut changé au dernier moment car il ne convenait pas aux Argentins. L’arbitre italien finalement choisi pour la finale sifflera tout au long du match en faveur des Argentins. Une telle tension planait sur cette rencontre que les acteurs et les témoins du match déclareront des années plus tard que « les Hollandais ne pouvaient pas gagner dans un tel contexte ».

L’Argentine remportera une deuxième Coupe du Monde de façon plus « sportive » et glorieuse au Mexique en 1986.

40 ans après ces événements, la France rencontre de nouveau l’Argentine aujourd’hui en Russie. Souhaitons-lui de l’emporter et de conjurer le sort…

 

 

Pour Aller Plus Loin

Les Archives Officielles de la FIFA

La France au Mundial 78

 

 

 

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