Dans ce portrait photographique en noir et blanc, l’artiste franco américaine Louise Bourgeois (1911-2010) pose légèrement à droite du cadre, devant un fonds gris. Elle est dépeinte à partir du buste, le profil de trois quarts, son visage est tourné vers l’objectif. Elle porte un manteau en fourrure de singe comme fait de velours sombre et porte une de ses sculptures sous son bras droit, qui apparaît à la place de sa main droite. Cette sculpture de forme phallique, Fillette, qui se traduit par petite fille en français, est un buste en plâtre recouvert de latex, qu’elle a réalisé 14 ans plus tôt. Louise Bourgeois sourit de façon espiègle face au photographe.

Cette photographie fut réalisée par Mapplethorpe dans son atelier de Bond Street, New York, en 1982. Sa biographe Patricia Morrisroe souligne qu’il n’était pas un artiste intrusif, et si ses modèles semblent utiliser des appuis verticaux, cela reflète leur propre décision, ce qui fut le cas pour cette image. Louise Bourgeois était convaincue que cette séance serait un désastre, par conséquent elle s’y était préparée : « je ne pouvais imaginer ce qui irait de travers, mais je savais que cela n’irait pas si je n’étais pas préparée. Par conséquent, même si j’y allais l’esprit léger, j’ai malgré tout pris une partie de moi-même » (citation tirée de Arena : Robert Mapplethorpe, 18/03/1988). Elle a ainsi choisi de prendre Fillette, comme si elle savait qu’elle serait rassurée à l’idée de la tenir et de la bercer (citation tirée de Nixon 2005, p 80). Mapplethorpe décrivit la séance et Louise Bourgeois elle-même comme irréelle : « vous ne pouviez pas, en quelque sorte, lui dire quoi faire, elle était juste là » (citation tirée de Arena : Robert Mapplethorpe, 18/03/1988).

Louise Bourgeois travailla en tant qu’artiste à compter des années 30 jusqu’à sa mort en 2010. Tout comme Robert Mapplethorpe, Louise Bourgeois créa souvent des objets sexuellement sans ambiguité. Elle identifia la connexion entre Mapplethorpe et elle-même : « je pensais qu’il s’agirait d’une bonne collaboration parce qu’il était célèbre, non pas pour ses photos de fleurs, mais par son approche de la représentation sexuelle… Il est célèbre pour son côté controversé, et cette photographie avait sa place dans son album (citation tirée de Arena : Robert Mapplethorpe, 18/03/1988).

L’objectif de cette séance avec Mapplethorpe était de trouver un portrait qui figurerait dans le catalogue de l’exposition rétrospective de Louise Bourgeois au Musée d’Art Moderne, organisée à New York en 1982. Le musée utilisa ce portrait pour la couverture du catalogue, mais recentra la photographie sur un portrait, retirant Fillette. Cette coupe élagua de l’image l’humour érotique qui s’en dégageait, et comme l’artiste elle-même le souligna : « l’oeil qui pétille se réfère à ce que je porte. mais ils l’ont coupé. Ils l’ont coupé parce qu’ils étaient trop prudes » (citation de Nixon, 2005, p 85). L’historien de l’art Mignon Nixon note à quel point le style de la photographie de Mapplethorpe souligne l’image, au travers d’une grand limpidité de l’impression, et le fait de ressortir la poésie de la chair dans le cadre avec un humour transgressif (Nixon 2005, p 73).

Références :

Arena: Robert Mapplethorpe, dir. by Nigel Finch, BBC television documentary, 18 March 1988.
Patricia Morrisroe, Mapplethorpe. A Biography, London 1995.
Mignon Nixon, Fantastic Reality: Louise Bourgeois and a Story of Modern Art, Cambridge, Massachusetts 2005, pp.71–81.

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