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Après les années 80/90 et l’avènement de cette nouvelle génération de créateurs minimalistes appelée « Anti-Fashion », d’abord Japonais puis Belges, Coréens et même Américains (Yohji Yamamoto, Ann Demeulemeester, Raf Simons, Alexander Wang, Tom Brown), ces vagues successives de talents, qui ont repensé le vêtement en lui donnant du sens, se sont soit essoufflées courant des années 2000, soit diluées dans leurs propres figures de style. Désormais, parmi tous ces labels, surnagent toujours ici et là des étincelles, des fulgurances, mais la magie semble elle s’être bel et bien évaporée.

Et c’est aussi sans compter avec ce nouveau règne des communicants et divers grands groupes comme LVMH pour enfoncer le clou, en proposant depuis la fin des années 90 de nouvelles tendances ennuyeuses, falotes, sans prise de risque, qui se contentent de reproduire à l’infini des déclinaisons de formes et de styles qui uniformisent toujours un peu plus le paysage de la mode. La petite veste, les petites chaussures, la petite robe, la petite cravate, le pantalon comme ça, avec le petit détail là… Des directeurs artistiques interchangeables qui ricochent de maisons jadis prestigieuses en autres noms récupérés au service du vide et de la fatuité.

 

A contre-courant total, l’Américain Rick Owens, qui a étudié la mode à Los Angeles, se fraye un chemin pour venir proposer dès 1994 un retour aux sources, avec des lignes radicales, pures, extrêmes. En 2001, il s’ouvre à l’international et sa marque prend alors une nouvelle tonalité, une nouvelle dimension.

 

Au premier abord, la silhouette Rick Owens se doit d’être futuriste. Impression renforcée lors des défilés qui baignent dans des ambiances bétonnées, froides, énergiques, saccadées, syncopées et rythmées par une bande son électro-transe engourdie d’infra-basses. Silhouettes malingres de mannequins, qui d’un pas rapide souhaitent à peine être vues. Chaussées d’énormes souliers d’inspiration militaire, les silhouettes furtives déambulent, drapées dans des habits fluides, altiers et élégants. Volumes et paradoxes, contradiction et choc… A y regarder de plus près, ces formes, ces allures, renvoient aussi et surtout à un monde du passé, loin, très loin… Une époque Babylonienne. Lorsque l’homme portait la robe et inspirait dans le même temps une impériale masculinité. Les bras dégagés, forts, dessinés, arborant bracelets et bijoux de métal brut. Rick Owens rappelle lui-même cette silhouette antique. Des temps consistant pour les historiens en des sommets de civilisation, juste avant que les religions monothéistes ne s’installent durablement et apportent leur lot de ruines.

Rick Owens, en parfaite adéquation avec ce qu’il fait, arbore quant à lui une longue chevelure de jais. Son regard est doux et intense à la fois, marque de tous ceux nés sous un signe d’eau, et plus précisément en ce qui le concerne celui du Scorpion. Le style de ses vêtements et de ses accessoires marie cette même intensité et cette même douceur. Le corps se montre car il est sacré. La chair est belle car elle est notre représentation sur terre et le monde tangible de la matière. Mais l’esprit n’est jamais loin. Il flotte au dessus, partout, et il est doux, bienveillant. Il célèbre le corps et doit aussi le protéger. Dans certaines formes des vêtements du Californien mystique, il y a cette notion de protection. Des cocons, voire même des maisons avec des toits nous protégeant des cieux, des dieux et de leurs colères.

 

Rick Owens semble prophétiser notre avenir. Celui qui ne laissera guère de place pour les plus faibles d’entre nous…

 

Ce que certains prennent pour de l’outrance n’est chez lui que pure poésie. Et ce que d’autres pressentent comme premier degré et grandiloquence ne voient pas l’infinie délicatesse de ce regard perçant posé sur le monde. Un regard inquiet mais lucide. Savoir comprendre et bien s’entourer… Michèle Lamy, son épouse, est celle qu’il considère comme son égérie, sa muse, quand cet exact contraire semble apporter toute la dose de mystère et de mysticisme qui confère à la Maison Rick Owens cette étrange patine, cette impression sacrée et païenne à la fois. C’est le styliste Panos Yiapanis qui depuis 2003 modélise et concrétise les visions du plus gothique des Américains à Paris.

Rick Owens est peut-être une synthèse de trente années de mode radicale et anticonformiste, mais il se garde bien de vouloir plaire à tout prix ou de désirer flatter son auditoire. Il est la jonction entre deux mondes parallèles, là même où les époques s’emboîtent, telles des pièces de cuir ou de tissu, comme autant d’oracles. Et l’avenir y est inscrit…

 

 

Pour aller plus loin

Dévoreur Hubertouzot Photographe

Hubert Touzot : Photographe dévoreur d’images

 

 

 

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