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Diana Rigg nous a quittés le 10 septembre de cette année. Inutile de rappeler qu’elle aura interprété l’un des personnages les plus iconiques des années 60, dans une certaine série britannique intitulée « The Avengers », plus connue en français sous le nom de… « Chapeau Melon et Bottes de Cuir ».

 

Et vous l’aurez compris, nous parlons évidemment de Madame Peel… Car ce personnage apparu sur le petit écran en 1965, dans la quatrième saison de « The Avengers », aura sûrement été à cette série ce que Sean Connery fut à la franchise James Bond, à savoir une évidence. Avec Emma Peel, nous avons bel et bien affaire à la plus iconographique, la plus charismatique et la plus charmante représentante de cette Angleterre des années 60, en pleine ébullition sociale, vestimentaire et artistique. Durant trois années, de 1965 à 1967, soit trois saisons et 51 épisodes, Diana Rigg symbolisera à elle seule le « Swinging London » ; toute une esthétique, presque une philosophie.

 

 

 

Dès le générique, avec sa musique enjouée, lyrique et pop, signée Laurie Johnson, nous voici instantanément transportés dans un monde où les règles tangibles sont abolies. Il ne règne plus ici que classe, fantaisie, humour et style. Cette séquence d’introduction gravée dans notre psyché, où l’on nous présente deux personnages flegmatiques en diable, « So British », illustre parfaitement le contenu du programme. Même si nous sommes à une époque où l’on peut encore faire référence à l’alcool sans risquer de s’attirer les foudres des ligues de morale – et dieu sait que le champagne coule à flot tout au long des épisodes – ce champagne qui gicle d’une bouteille sabrée au colt appartient à ces symboles utilisés pour exprimer toute la légèreté, l’insolence, voire l’insouciance de la création de Sydney Newman.

 

 

 

Du souvenir indistinct de notre enfance où nous regardions, sidérés, ce feuilleton, c’est bien cette femme bardée de cuir, spécialiste en art martiaux et en bons mots, qui s’avance en premier dans notre mémoire sélective. Purdey et ses jambes interminables, associée au fringant Mike Gambit, Tara King et sa mine insupportablement ingénue, ou encore Cathy Gale, la toute première héroïne du programme, n’auront pas su vraiment tenir la dragée haute à Emma Peel et relever le défi de marquer durablement une époque et de cristalliser tout un basculement.

Pourtant, pas de mini-jupe plissée ou autres tenues trop sexy… Pas plus de tubes de l’époque que de revendication vindicative à portée politique, pour une émancipation de la femme. Non, Emma Peel est représentée comme l’égale de John Steed, ni nunuche (Tara King), ni jouant de ses attributs féminins (Purdey), pour séduire ou tromper l’ennemi. Tout s’établit dans un parfait équilibre, agencé et maîtrisé. Nous aimons ce personnage totalement libre, d’une intelligence rare, sachant donner le change le cas échéant, à coups de mawashi geri dans la tronche des importuns.

 

 

 

Bien-sûr, « Chapeau Melon et Bottes de Cuir », c’est aussi John Steed, interprété par Patrick Macnee, présent tout au long des quinze années que dura le show, affichant une constance à toute épreuve, avec ce semi-sourire et l’œillet invariablement à la boutonnière. Mais de toutes celles qui l’accompagneront durant ses péripéties et ses enquêtes loufoques, c’est encore et toujours elle, Madame Peel, qui se rappellera à notre bon souvenir. Son regard, avec ses yeux soulignés au eye liner, si reconnaissable, sa coupe de cheveux et ses combinaisons zippées signées Pierre Cardin.

L’autre particularité de cette série, lorsque l’on revoit des épisodes au hasard des saisons, avec au programme des cybernautes, des rats géants, des méchantes nannies qui se révèlent être en fait des hommes grimés, assis sur des fauteuils roulants dont les accoudoirs sont équipés de mitraillettes, des savants fous… c’est bien la folie, la liberté totale proposée épisode après épisode. C’est ce mélange subtil d’absurde, d’humour noir et de flegme, qui devient le signe reconnaissable entre tous de nos voisins Britanniques, et qui est poussé ici à l’extrême.

Rares sont les programmes de cette époque qui peuvent ainsi encore être regardés aujourd’hui, avec toujours autant de plaisir et de délectation. « Le Prisonnier », « Les Mystère de l’Ouest », ou même « Les Envahisseurs », gardent encore peut-être aussi cette aura qui transcende le sujet même de leur contenu. Etrangement, on ne relève plus le manque de moyens évident, certains décors approximatifs ou des acteurs secondaires moyens. Car ces séries ont su bâtir des mondes uniques, des dimensions parallèles qui malgré les années qui défilent, resteront des objets de fascination uniques en leur genre.

 

 

 

Plus encore que de la simple nostalgie, « Chapeau Melon et Bottes de Cuir » correspond précisément à ce courant libertaire, jamais contraint à des modes ou des enjeux économiques, dans le but de plaire à tels publics plutôt qu’à d’autres. Pour preuve, cette série restée dans les annales n’a jamais été copiée, jamais égalée dans sa dinguerie et sa singularité. Si, peut-être, peut-on retrouver parfois ce ton surréaliste dans le jeu des acteurs d’une autre série britannique en deux saisons, diffusée sur Channel 4 en 2013, « Utopia ».

Mais c’est quoi, au juste, un genre, une atmosphère à la « Chapeau Melon et Bottes de Cuir » ? Eh bien, c’est d’abord une certaine étrangeté, mais aussi des rues de Londres vidées de leurs passants, des détails, des objets usuels, anodins, qui peuvent finalement se révéler dangereux, voir létaux, ou encore des jouets, comme des petits ballons, recyclés en armes mortelles. Et puis, ce sont également ces méchants débonnaires et souriants, le tout baigné dans un parfum décalé et absurde.

Dans le dernier James Bond officiel avec Sean Connery au générique, « Les Diamants sont éternels » (1971), on retrouvait ainsi ce ton enjoué et loufoque, en particulier dans les agissements des deux tueurs placides, Mr Wint et Mr Kidd, engagés pour assassiner notre agent secret au service de sa Majesté, sorte de duo à la manière des Dupont et Dupont, mais en version psychopathe.

 

 

 

Si on devait dresser la liste des références qui nous viennent à l’esprit en pensant à cette série, il y aurait tout d’abord le peintre René Magritte et son tableau « L’Homme à la Pomme », pas uniquement pour le chapeau melon que le personnage de la toile arbore, mais pour cette composition incongrue où sont convoqués en même temps l’humour et le non-sens.

« Chapeau Melon et Bottes de Cuir » restera ainsi à tout jamais la référence pop absolue, et plus particulièrement ces trois saisons avec madame Peel, au diapason de cette époque bénie ; pétillant et léger comme des bulles de champagne, stylé comme les costumes de John Steed et les combinaisons de sa coéquipière, fantasque et poétique, cette vision d’un monde sans trace de mauvais goût, où même les vilains restent polis…

 

 

 

 

Photographe, auteur, poète et machine à remonter le temps, avec une cape de mousquetaire toujours portée un peu de biais.

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