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« Habillez-vous comme si votre vie en dépendait ou ne vous dérangez pas », telle était la recommandation de Leigh Bowery quant au code vestimentaire à adopter pour pouvoir participer à ses soirées organisées au légendaire club Taboo, juste à côté de Leicester Square à Londres, dans les années 80.

 

Leigh Bowery, designer, performer et superstar des nuits londoniennes, était le maître de cérémonie sulfureux de la scène du club underground Taboo au milieu des années 80. Tel un canevas humain éclaboussé de peinture et de maquillage outrancier, il importa au Taboo son carnaval étrange, sur fond de drogue, de psycho-glamour et de débauche poly-sexuelle. Le célèbre portier du club, Mark Vaultier, tendait un miroir aux clubbers qui attendaient à l’entrée et leur posait la question fatidique : « Est-ce que vous vous laisseriez entrer ? »

 

 

 

En 2013, l’exposition « Club to Catwalk » au Victoria & Albert Museum de Londres nous présentait des créations de John Galliano, Vivienne Westwood, Stephen Jones, Betty Jackson, Paul Smith, Pam Hogg, Katharine Hamnett, Rifat Özbek ou Leigh Bowery et visait à mettre en lumière à quel point la mode des années 80 a émergé directement de la scène musicale underground et des règles draconiennes d’entrée dans certains clubs prisés par la communauté gay. Car il fallait y briller…

« Club to Catwalk » nous offrait ainsi un aperçu fascinant du monde des designers britanniques, débutants dans les années 80, et qui ont ensuite acquis une renommée internationale, grâce à leur esthétique audacieuse, directement influencée par la culture scandaleuse des clubs de Londres. Avec chaque nouvelle soirée se constituaient de nouvelles tribus de style. L’exposition célèbre les looks extrêmes des sous-cultures londoniennes des années 80, entre Fetish, Goth, Rave, New Romantics et High Camp. L’expression « The blink-and-you’ll-miss-it scene » désignait cette scène sulfureuse où les clubs fêtaient rarement leur premier anniversaire, même si le goût pour la subversion et l’individualité totale et absolue persista tout au long de la décennie.

 

 

 

John Galliano, qui a étudié au Central Saint Martins Art College de 1981 à 1984, se souvient d’ailleurs que les jeudis et vendredis, « le collège était presque désert. Tout le monde était à la maison pour travailler ses costumes pour le week-end ». Quant à Trojan, une star du Taboo et l’ancien amant de Bowery, il se coupait à moitié une oreille un soir, dans une sorte de happening hédoniste et extrême, car comme il l’expliquait dans un article qui lui était consacré dans le magazine The Face en 1986, « il en avait tout simplement marre de voir son style copié par les filles du Taboo ».

Claire Wilcox, la responsable de la mode au Victoria & Albert Museum de Londres et commissaire de l’exposition « Club to Catwalk » en 2013, déclarait qu’elle tenait à réfuter l’hypothèse selon laquelle la mode des années 80 se résumait à « des vêtements colorés et des permanentes ». Alors certes, pas d’épaulettes, remplacées avantageusement par des robes pour homme, des accessoires fétichistes signés Vivienne Westwood, des tenues de pirate, un dance floor et un juste-au-corps en Lycra violet avec sa gaine pour pénis intégrée…

 

Claire Wilcox évoquait en 2013 comment l’esthétique de ces clubs londoniens, beaux et grotesques à la fois, fut cruciale dans l’émergence de la mode grand public des années 80.

 

Pensez-vous que l’exposition vise à restaurer la réputation de la mode des années 80 ?

Je l’espère, en tout cas ! Nous faisons évidemment référence à Lady Di, mais nous ne présentons délibérément aucune de ses tenues. Et pour tout dire, il y a très peu d’épaulettes dans l’exposition… Il s’agit plus ici de la mode des écoles d’art ; nous avons des designers incroyables, comme John Galliano, qui débutait tout juste sa carrière à l’époque, mais aussi Vivienne Westwood, « l’enfant terrible de la mode », qui a été absolument radicale tout au long des années 80. Il s’agit également de faire appel à des designers influents qui ne sont pas nécessairement aussi connus aujourd’hui, comme John Flett et Michiko Koshino. Nous voulions montrer comment ce que les clubbers portaient à l’occasion des soirées au Taboo a pu avoir une influence majeure, bien au-delà des murs du sous-sol du club. Créateurs, musiciens, artistes et danseurs sortaient ensemble ; ce croisement entre culture club et monde réel était donc inévitable…

 

Pouvez-vous donner un exemple de ce croisement entre club et monde réel ?

L’exemple classique est la chemise New Romantic, que l’on fait blouser, avec son col cassé, particulièrement appréciée par la princesse Diana et ses amis. A cette époque, les créateurs enjambaient deux mondes et apportaient la vitalité et la fraicheur de la scène club, en la mélangeant à ce qu’ils avaient pu apprendre dans les écoles de mode. Stephen Jones créait des chapeaux pour ses amis clubbers, certes, mais il faisait aussi des chapeaux pour la reine…

 

Comment la musique du club a-t-elle influencé la mode ?

Cela dépend en grande partie de la façon dont les gens dansaient. Le style « Rave », c’était en substance comment s’habiller au mieux pour transpirer, mais comme l’un de ces New Romantics me l’expliquait un jour : pour eux, il ne s’agissait pas de danser mais de se contenter de remuer le plus esthétiquement possible afin d’éviter de ruiner leurs costumes extravagants… Si vous regardez les premières pièces, qui sont assez précises et utilitaires, elles sont associées à la musique robotique de 1979 ou 1980, puis vous entrez dans la phase historique, lorsque les clubbers se sont plus tournés vers les costumiers de théâtre, pour leurs tenues du samedi soir. Vers la fin de la décennie, vous trouvez de plus en plus de « bodycon », et les vêtements deviennent plus moulants, avec beaucoup de Lycra, jusqu’à la dernière tenue représentée, de la collection « White » de 1990 par Rifat Özbek, qui se situe quelque part entre Rave et New Age.

 

Compte tenu de la complexité et des nuances de la scène, ce devait être une exposition difficile à organiser…

La chose à retenir à propos de la culture clubbing londonienne de cette époque, c’est que personne ne portait deux fois la même tenue. Nous présentons d’ailleurs cinq tenues de New Romantics, créées et portées entre 1979 et 1980, et elles sont toutes radicalement différentes. Il y avait chez ces tribus de style aux univers esthétiques très divers une capacité tout à fait rafraîchissante à refondre et recycler, nuit après nuit.

 

Il est impossible de parler de la culture des clubs londoniens dans les années 80 sans évoquer Leigh Bowery. Quelle a été sa contribution ?

Ce que les gens oublient, c’est que Leigh Bowery était un grand couturier… Quand il a débuté, il a fait un voyage d’affaires à Tokyo avec d’autres designers britanniques. Il a reçu de nombreuses commandes d’acheteurs potentiels, mais il ne donna pas suite car il ne s’intéressait en fait qu’aux pièces uniques. Le seul objectif qu’il se fixait était de mettre en scène tous les soirs une performance la plus époustouflante possible, et de voir son inspiration diffusée à la fois aux mondes de la mode et des arts. Le business ne l’intéressait pas… Et les tenues signées Leigh Bowery que nous présentons dans le cadre de cette exposition représentent l’extrême de la mode club ; le club qu’il concevait comme un lieu d’expression esthétique. Finalement, son corps est lui-même devenu le théâtre de ses propres performances, et j’adore ce concept !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Editeur du Mag Instant City, Chasseur de Trésors, Taxidermiste de Souvenirs...

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