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Le chanteur Christophe s’en est allé… L’étrange univers qu’il avait façonné avec soin depuis des lustres, et qui mua sans cesse au fil de ses nouvelles chansons, reste unique, comme pourrait l’être celui de David Lynch au cinéma. 

 

Traversant les surfaces, arrondissant les angles et faisant fi des lois de la gravité, les chansons de Christophe, à l’instar des films du réalisateur de « Lost Highway », se singularisent avant tout par le ressenti. En l’écoutant, quelque chose d’indéfinissable nous caresse et on le sent, puis ça nous prend par la main et nous emmène pour un voyage qui abolit les principes terrestres comme toutes les petites phrases.

Christophe était le chanteur de l’air, même si lui aimait rouler la nuit dans des voitures de collection, pour ressentir le danger de la vitesse, être James Dean et se moquer de l’oubli. Une sensation vertigineuse et en même temps douce de flottement, de lévitation. Il aurait pu aussi piloter des avions et contempler le monde la nuit. Toutes les petites lumières au-dessous de lui…

Mais Christophe, c’est surtout Daniel Bevilacqua, qui avec un nom pareil, tellement romanesque, tellement cinématographique, a préféré au début de sa carrière se choisir un prénom simple, pour s’exprimer d’abord comme chanteur « yéyé ».

Plus ses albums prenaient de la hauteur et plus ses chansons devenaient des mantras pour nos nuits sans sommeil. Christophe, tel un chaman motorisé filant au volant de ses bolides sur les routes nationales, pendant que nous cherchions le sommeil, chantait de sa sinueuse voix, avec ce timbre de beau bizarre.

La mélancolie en amulette autour du cou, la nostalgie telle une cape, portée un peu sur le côté ; celle de ces seigneurs nocturnes, un peu vampires, un peu mythos, qui hantent les bars et les lieux lambrissés. Des boules à facettes qui tournent et qui projettent leurs éclats sur des parquets vides, des murs jaunis par le tabac. L’éternel dernier soupirant à prendre congé, celui qui pleure sans discontinuer des amours évaporés ou chimériques. Toutes celles qu’il n’a pas eues ou qu’il a vues dans les bras des autres…

Car c’est ce qu’il savait faire le mieux, laisser exalter ses chagrins et ses peines. Christophe était l’un de ces rares artistes dont les chansons nous travaillent et nourrissent notre imaginaire. Ce qu’il proposait, c’était d’abord des films mentaux, des expériences intimes et sensorielles qui impressionnaient la pellicule de nos esprits. D’un petit chanteur de variété cultivant une image de loser flamboyant, il s’était peu à peu construit celle d’une pop star venue d’un monde parallèle, jonché de juke box, de Cadillac bleu turquoise ou rose bonbon, de pin-up au goût de réglisse.

Contrairement à David Bowie qui avait commencé sa carrière avec les frasques vestimentaires qu’on lui connaissait, affublé à outrance de make up et de teinture, pour ensuite devenir plus neutre, Christophe a pris le chemin inverse. Il a compris que c’est le mystère qui est le sel de toute chose et qui permet de tenir et de créer.

L’éternel amoureux transi, le représentant ultime de tous les cœurs frêles, s’est éteint dans une chambre d’hôpital, loin de son monde secret et de ses repaires. C’est injuste et cruel, certes, mais cela lui confère désormais l’image du martyr, du saint, le patron des causes perdues et du cimetière des éléphants. Avec sa musique toujours plus sophistiquée, toujours plus hypnotique, ses allures de maître de la nuit, gardien de nos petits espoirs souffreteux et son talent à mille lieux d’un autre dernier des Mohicans, Alain Chamfort (un peu trop sage) ou encore Benjamin Biolay (un peu trop prévisible), Christophe a su décrire en faisant vaciller « Les Paradis Perdus », « La Dolce Vita », « Minuit Boulevard », « Le Héros Déchiré » ou « La Route de Salina ».

Après Alain Bashung, vient de disparaître le dernier des dandys de la chanson française, le dernier des Bevilacqua…

 

Dans ma veste de soie rose
Je déambule morose
Le crépuscule est grandiose
Peut-être un beau jour voudras-tu
Retrouver avec moi
Les paradis perdus…

 

 

 

Photographe, auteur, poète et machine à remonter le temps, avec une cape de mousquetaire toujours portée un peu de biais.

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