Quentin Tarantino…

 

En une poignée de films, ce réalisateur cinéphage est devenu une marque de fabrique, une griffe. On ne va pas voir « Kill Bill » ou « Django Unchained », « Jacky Brown » ou « Pulp Fiction », non, on va voir le dernier Tarantino. Il est désormais dans le carré très fermé de ces réalisateurs qui arrivent à s’adresser aussi bien à un très large public qu’à une audience plus cinéphile, pointue, à qui on ne la fait pas. Il est de bon ton d’apprécier ses films, presque un devoir, un acte politique.

C’est la force et le talent, ou peut-être la roublardise, de ce réalisateur que de caresser dans le sens du poil un lecteur de Télérama comme des Inrocks, flatté lorsqu’il reconnaît au détour d’une scène tel ou tel emprunt musical, ou encore une référence à un vieux classique italien, français ou japonais, tout en séduisant dans le même temps un spectateur lambda moins scrupuleux quant à la diégèse du film qu’il est en train de regarder, mais qui apprécie à sa juste valeur l’efficacité, le style « cool » et les morceaux d’anthologie.

Quentin Tarantino aura été dans toutes les directions et poussé au maximum les possibilités narratives, avec toujours comme principe le cinéma, l’image au service de l’histoire. Etant une encyclopédie du cinéma sur jambes, Tarantino est le seul à manier comme il le fait un cinéma à la base populaire, voire même souvent bis, pour transformer, magnifier une idée et la pousser jusqu’à la rupture. Ses plus grandes influences ont été à l’origine le cinéma italien et plus précisément le western. De Sergio Leone à Sergio Corbucci, cette façon d’iconiser les personnages et les situations, avec ce sens du découpage proche de la bande dessinée, est un des fondements de la « Patte Tarantino ». Avec sa deuxième grande passion pour le cinéma français, là où se télescopent Godard, Melville et Audiard, Tarantino en garde donc l’amour des dialogues et de ce fameux existentialisme qu’on retrouve dans ce cinéma hexagonal. Le mélange est improbable, imparable.

Aujourd’hui, avec cette tentative de mélanger Corbucci et Bergman, Carpenter, Raimi, cette passion du vertige sans filet où anecdotes et bons mots servent à contrebalancer le rythme, Tarantino nous propose « Les Huit Salopards ». Son 9ème film serait une sorte de pied de nez, une contradiction, un paradoxe. A priori plus un film pour critiques de cinéma que pour spectateurs normaux, « The Hateful Eight » repose évidemment sur ces principes normatifs « tarantinesques » que l’on connaît par cœur et ces dispositifs alternant langueur et déchaînement orgasmique. Mais il n’en reste pas moins que ces presque trois heures de métrage n’aboutissent qu’à un pur sentiment d’ennui mortifère.

Le thème original composé cette fois-ci exprès par Ennio Morricone ou les références explicites à The Thing, le chef d’œuvre de John Carpenter, le décor aussi bien extérieur qu’en studio, la pellicule 70 mn, la photographie et le talent combiné d’acteurs chevronnés, ne peuvent malheureusement rien face à la mélasse tiède qui s’insinue petit à petit tout au long de ce long et pénible déroulé filmique. Et même si Quentin Tarantino justifie son œuvre nihiliste comme miroir d’une Amérique actuelle à la Donald Trump, il n’en demeure pas moins que le brouet reste indigeste de bout en bout, en montrant les limites de ce réalisateur talentueux mais rattrapé ici par un égo troqué contre une mongolfière.

 

 

 

 

Pour aller plus loin

 Dévoreur Hubertouzot

 Hubert Touzot : Photographe dévoreur d’images

 

 

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