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Ella & Pitr, tous deux originaires de Saint-Etienne, se sont rencontrés par hasard en 2007. Tandis qu’Ella collait des affiches, Pitr cherchait une suite logique et cohérente à dix ans de graffiti. Ils se sont très vite « mis à la colle », et depuis, ils ne se sont plus quittés, se forgeant peu à peu une réputation solide dans le monde du street-art.

 

Ella & Pitr, aka « Les Papiers-Peintres », forment un duo d’artistes urbains bien singulier. Depuis quelques années déjà, ils peuplent les métropoles du monde entier de géants charismatiques reconnaissables à des kilomètres… d’altitude. Si vous ne connaissez pas encore leur travail, c’est le moment de le découvrir. En 2016, ils frappaient un grand coup en donnant vie à l’un de leurs colosses ensommeillés, au cœur du quartier d’affaires de La Défense. L’œuvre monumentale et éphémère s’intégrait à l’espace public du parvis. Tout un symbole…

 

« Pendant qu’Ines rêve de camping… » by Ella & Pitr (Parvis de la Défense, 2016)

 

« Sur le parvis de la Défense, le personnage représente une femme d’affaire qui dort. Son titre : « Pendant qu’Inès rêve de camping… ». A quoi rêvent les autres ? Et à quoi rêvent ceux qui doivent camper tout l’hiver rue de Flandre à Paris ? Inès est un hommage à ceux qui dorment dans les sous-sols de la Défense ou sous le métro aérien de Paris, car sous le flux des salary men grouille une fourmilière étrange de laissés pour compte. Inès est un pont entre ceux qui rêvent… et ceux qui rêvent. »

 

L’histoire d’Ella et Pitr débute par une rencontre, à Saint-Etienne, en 2007. « Une nuit, elle réalisait ses premiers collages dans la rue et moi j’affichais des trucs pour un rassemblement de hip-hop », raconte Pitr (prononcez « pitre »). « On a échangé nos numéros de téléphone, enchaîne Ella. Il est venu chez moi quelques jours plus tard, et on a dessiné toute la soirée ». A 4 h du matin, ils partent à la recherche du mur idéal et composent leur première oeuvre commune. La sortie nocturne se solde par l’escalade du Mont Pilat, juste pour voir le soleil se lever sur la ville.

L’amour au premier collage… et la naissance d’un couple artistique : Les Papiers Peintres. « On a commencé par fabriquer des bonshommes en papier et puis… des vrais ! », plaisante Pitr. Aujourd’hui parents de deux garçons de neuf et six ans, ils multiplient les paroles ou gestes tendres. Dans leur appartement situé sur les hauteurs de « Sainté », une grande pièce claire leur sert d’atelier. Ils travaillent ensemble, mais n’ont pas de règles. « Parfois, c’est Ella qui prend en main une maquette pendant que je prépare la logistique, ou inversement ».

 

 

 

Boulimiques de création, Ella et Pitr passent sans cesse d’un projet à l’autre, variant les techniques (peintures à l’acrylique, à l’huile ou à la bombe, sérigraphie, collage…) et les surfaces : toiles ou pistes d’aéroport, rideaux de fer des magasins ou coquillages… rien ne les arrête ! Et ils voient les choses en très, très grand. En témoignent ces colosses assoupis au milieu des grandes villes de la planète, sur les toits ou les murs de Montréal, Valparaiso, en passant par Saint-Etienne, bien sûr.

Leur géant en short de 21.000 m2, qui a trouvé le sommeil au sommet d’un entrepôt, à Klepp en Norvège, est d’ailleurs considéré comme le plus grand graffiti du monde ! (mais ne les qualifiez surtout pas de street artists, ils détestent). « On cherche toujours à dépasser nos limites et les murs ont aussi les leurs. Ce qu’il y a de plus imposant, ce sont les surfaces au sol. On a donc basculé à l’horizontal… », explique Ella, qui refuse toutefois « tout discours intellectuel » pour justifier cette démarche. « On tient quand même à dessiner des personnages endormis contrastant avec le chaos des villes », selon Pitr.

 

 

 

Ces gigantesques figures à l’esthétique enfantine sont généralement exécutées à l’acrylique. Elles constituent « une famille de témoins silencieux et éphémères en milieu urbain ». Elles sont inspirées de leurs proches (oncles et tantes) ou sont issues de l’imagination de leur progéniture, de leurs carnets de voyage… Pour leur donner vie, il faut prendre de la hauteur. Ils utilisent ainsi Googlemap ou des drones. Les spots sont choisis ensemble : « Soit on prépare les croquis en fonction d’un endroit qui nous plaît, soit on marche des heures dans les rues à la recherche du support adéquat », détaille Pitr.

 

 

 

En peignant ce monumental migrant sur le barrage abandonné du Piney, près de Saint-Etienne, Ella et Pitr ont réinvesti la dimension verticale. « Avec un accès à un mur pareil, on n’allait pas dessiner une petite fille tenant un ballon en forme de coeur », ironise Pitr, en référence à une célèbre pièce de Banksy. Alors, pourquoi ce sujet ?

Pas de message, « mais plutôt une idée générale, sans se montrer moralisateurs. C’était une façon de rendre visible un drame bien réel et que tout le monde fait semblant de ne pas voir. Avec un réfugié géant de 47 m de haut, en plein milieu du paysage, on ne peut plus nier le problème… ». « Le Naufrage de Bienvenu » (c’est son petit nom) est aussi synonyme de prouesse technique, avec son lot « de frayeurs lors de la descente en rappel » se souvient Ella, en tendant une photo de ses deux fils suspendus à des cordes. L’aventure, c’est l’aventure…

 

 

 

Depuis maintenant près de six ans, Ella et Pitr ont donc basculé dans la démesure, parcourant le monde en peignant les géants qui apparaissent vus du ciel dans leur vidéo « Par Terre ». la première oeuvre de cette série a été peinte sur une piste de décollage d’un aéroport désaffecté de Santiago de Chile en 2013.

A découvrir…

 

 

 

Pour Aller Plus Loin

Ella et Pitr Officiel

 Propos recueillis par Elisabeth Blanchet pour LM Magazine

 

 

 

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