Avant de s’initier aux platines, Tristan Casara, alias The Avener, jouait du piano classique. Son grand sens des harmonies et son style inclassable ont longtemps empêché le DJ niçois de trouver sa place dans un paysage électronique trop cloisonné. Mais un coup de génie le fait sortir de l’ombre fin 2014 : son « Fade Out Lines », remix de la chanson de Phoebe Killdeer, a dépassé les 44 millions de vues sur YouTube, et s’est classé numéro 1 dans une vingtaine de pays sur iTunes.

 

Depuis cette consécration, « beaucoup de choses ont changé dans ma vie, mais surtout le fait de pouvoir faire désormais ce que j’aime et d’en vivre », confie le DJ de 29 ans. « C’est un vrai bonheur », répète-t-il à l’envi. Ce succès planétaire lui a permis de sortir en janvier 2015 son premier album, « The Wanderings of the Avener », un patchwork composé de tout ce qu’il avait mis de côté depuis des années. Des « errances » teintées de deep house, dans lesquelles il emprunte au funk, à la soul, à la pop. Nouveau jackpot : « The Wanderings of the Avener » est sacré meilleur album électronique aux Victoires de la Musique 2016.

 

 

Comment avez-vous déniché la chanson « Fade Out Lines », dont vous avez fait un tube ?

The Avener : « J’officiais à l’époque comme DJ résident dans les bars et discothèques de la région niçoise, et je cherchais continuellement de quoi alimenter ma playlist. Je suis tombé sur ce morceau original de Phoebe Killdeer & The Short Straws, et j’ai tout de suite pressenti qu’il y avait un autre chemin artistique à prendre avec ce titre. Partir d’un morceau très soul dans le tempo pour en faire quelque chose de très dansant. C’était ma vision première. J’ai travaillé ça en une seule nuit, et dès le lendemain, j’ai joué pour la première fois ce morceau dans un tout petit bar à Nice. La réaction a été très favorable, j’ai senti qu’il y avait un potentiel populaire à travers cette musique, qui ne l’était pas du tout pour moi à la base.

Du coup, j’ai retenté l’expérience deux soirs de suite dans des bars et discothèques, et j’ai constaté les mêmes réactions dans le public. Les gens venaient me voir en me demandant : « C’est quoi ce morceau ? Est-ce qu’il est sorti ? Ou est-ce qu’on peut le trouver ? ». Pour la peine, j’ai été assez surpris ! Ensuite, les choses se sont passées simplement. J’ai posté cette version sur la plate-forme Soundcloud dans un premier temps. Les vues ont grimpé. Ensuite le morceau est sorti sur un petit label parisien, 96 Music. Le morceau s’est vite fait connaître grâce aux partages, aux DJs et voilà. Ensuite, ça a été une envolée pour pouvoir créer une démarche plus personnelle, à savoir un album. »

 

 

Avec le recul, comment analysez-vous le succès phénoménal de ce morceau ?

The Avener : « C’est toujours très difficile à dire. Pourquoi un plat plaît plus qu’un autre dans un restaurant ? Je pense que c’est une version assez multi-générationnelle. Dans mes reworks, j’essaie toujours de trouver un bon compromis avec la musique électronique, sans que ça agresse l’oreille ou que ça méprise la production originale. Je pense aussi que ce qui a fait le succès de « Fade Out Lines », c’est que la chanson pouvait aussi bien s’écouter dans la voiture le matin qu’en dansant le soir. Il y a une vocation multiple à ce morceau, avec de l’âme, un beau refrain et la voix de Phoebe Killdeer, qui est extraordinaire. »

 

 

Vous préférez parler de rework plutôt que de remix. Quelle différence faites-vous entre les deux ?

The Avener : « J’ai lancé cette appellation avec l’album, parce que la démarche était assez différente d’un remix, d’un point de vue technique. Dans un remix, généralement, on va vraiment chercher la différence avec le morceau original en changeant l’instrumental, l’harmonisation, en ajoutant des parties. Alors que moi, j’essaie plutôt de trouver la partie la plus sincère, celle qui me touche le plus dans le morceau pour la mettre en avant, la ré-arranger avec la rythmique électronique, rajouter des basses, lui donner plus d’énergie avec la couleur de la musique actuelle. Un rework c’est plus un ré-arrangement, une recomposition, une rhapsode. Le mot juste serait peut-être « sublimer ». »

 

Vous avez un côté chercheur d’or : vous fouillez pour trouver la pépite que vous allez travailler…

The Avener : « Oui, c’est une vraie passion depuis que j’ai commencé le métier de DJ. On a la chance de vivre dans une période artistique extrêmement riche et à portée de tous. Je passe deux ou trois heures par jour à chercher de la musique. En fait, dès que j’ai un moment de libre, je me mets à fouiner, à cadrer mes recherches autour de différentes plateformes, de différents endroits sur Internet. C’est tellement large qu’on trouve toujours quelque chose de très intéressant. »

 

Comment définissez-vous votre style musical ?

The Avener : « Je n’ai pas vraiment de limites au niveau du style. Je suis DJ à la base, je suis quelqu’un qui partage la musique, et c’est vraiment important de pouvoir revendiquer toutes mes influences, que ce soit de la musique afro, de la musique funk, etc. Cet éclectisme, les maisons de disque me l’ont toujours refusé, les petits labels comme les grosses majors. On me disait qu’il fallait que je m’en tienne à un seul style musical, que je ne me disperse pas.

Mais on a fini par me donner cette chance, et aujourd’hui je suis content de pouvoir raconter une histoire à travers cet album, en passant par de la soul, du blues, et de la musique électronique. C’est ce que je cherchais à faire depuis longtemps, et je suis très satisfait du résultat. Je pense que les gens ont besoin de diversité aujourd’hui, dans la musique comme dans leur vie quotidienne. »

 

 

Comment envisagez-vous la scène ?

The Avener : « C’est vraiment au feeling. Je pense qu’il y a une vraie relation qui se crée aujourd’hui entre les DJ et la foule, que ce soit moi ou les autres. Parce que chaque morceau est un outil pour amener le public dans une autre ambiance. Pour ça, je n’ai pas que des platines, j’ai aussi deux synthés et une machine qui me permet de faire des rythmiques en live. C’est tout un cockpit de machines intégrées.

Donc j’apporte quelque chose de très dynamique, je fais voyager les gens en passant un peu par tous les styles. Je joue les morceaux, je fais les remix en live, avec pas mal d’impro aussi. J’essaie d’apporter un set neuf, pas un truc carré, préparé à l’avance à 100 %. Je vais parfois vous faire écouter des parties plus instrumentales sur quatre minutes, et derrière vous faire danser pendant un quart d’heure. Un set avec beaucoup de vagues, beaucoup de différence entre chaque morceau mais que j’essaie de mettre sur un même chemin pour que le message soit bien compris. »

 

Comment s’est passé le rapprochement, très surprenant, avec Mylène Farmer ?

The Avener : « On a des contacts en commun puisqu’on est dans le même label, Universal. Elle a été amenée à écouter mon album un peu avant sa sortie, en décembre 2014. J’ai reçu un coup de fil de sa part : elle voulait qu’on se rencontre. J’étais impressionné parce que c’est quand même une légende de la variété française, qui a largement dépassé les frontières. J’ai rencontré une personne extrêmement charmante, attentionnée, très sensible à la musique et à l’écoute de ce que je pouvais proposer pour ses prochains projets.

On a fait quelques démos ensemble, et il y avait cette démo de « Stolen Car » avec Sting, dont je suis un grand fan… Elle m’a laissé carte blanche sur le déroulement du single, sur la production, sur la composition. C’était vraiment nouveau pour moi parce que je n’ai pas l’habitude de faire de la chanson pop, donc j’ai apporté ma patte un peu plus électronique, et ça collait bien. Et le morceau a fait numéro 1 dans quatorze pays. »

 

 

Votre deuxième album est en cours de préparation…

The Avener : « Tout à fait, je suis en train de préparer mon deuxième album. Ça va prendre un peu de temps parce que je veux faire les choses différemment, ne pas aller là où les gens m’attendent. Il y aura beaucoup plus d’originaux sur cet album, et aussi bien évidemment des reworks. Je suis en plein dedans, et c’est un vrai bonheur de pouvoir se remettre à travailler, d’avoir aussi des opportunités de collaborations que je n’aurais même pas pu imaginer avant. C’est de la création pure, je vais y mettre beaucoup de sentiments. »

 

Pour quand est prévue la sortie ?

The Avener : « Je n’ai pas de perspective exacte parce que je me suis juré de m’enlever ce genre de contraintes. C’est en travaillant avec la pression que l’on bâcle et qu’on finit par ne pas être fier de son travail. J’ai bien informé ma maison de disques qu’il fallait me laisser du temps, ce qu’elle m’a accordé. Donc je suis vraiment tout à fait relax sur ça. Pour l’instant, je suis dessus, et je donnerai une date quand j’aurai 50 ou 60 % de l’album terminé. »

 

Aujourd’hui, quel serait votre rêve ?

The Avener : « Je vis déjà un rêve actuellement. C’est vraiment beaucoup de bonheur, beaucoup de satisfaction personnelle. Mais si j’avais un rêve, je dirais que je me verrais bien dans quelques années pouvoir composer de la musique de film. J’ai une grande passion pour la musique sur image, donc pourquoi ne pas pouvoir composer des bandes originales. C’est un rêve que j’ai depuis que je suis tout petit. Quoi qu’il en soit, je continuerai à faire des concerts, à faire de la musique, à faire ce que j’ai envie de faire. Bref, à vivre ma passion. »

 

 

Propos recueillis par Chloé Bossard, journaliste au Courrier de l’Ouest

 

 

 

 

 

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