1957 : une commission d’enquête s’ouvre devant le Sénat contre la pornographie. Un jeune homme de 17 ans vient de se tuer dans la forêt. Près de son corps, on retrouve la photo d’une pin-up aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus. Le mannequin est identifié. Il s’agit de Bettie Page. Le couple Klaw, les employeurs de Bettie, dont le mari est photographe de nus et amateur de bondage, est accusé de pornographie. Ils sont sommés de brûler tous les négatifs des photos de Bettie Page. Celle-ci est citée à comparaître mais disparaît, refusant de témoigner malgré les pressions contre Irving Klaw.

1975 : Vingt ans plus tard, une femme poignarde sa propriétaire de 27 coups de couteau après une altercation au sujet de sa quittance de loyer. Jugée irresponsable en raison d’une schizophrénie paranoïaque, elle est internée en hôpital où elle restera dix ans. Elle est brune avec de magnifiques yeux bleus. C’est Bettie Page. Elle a 52 ans.

Célèbre mannequin des années 1950, Bettie Page est une icône. Elle a été sans doute la pin-up la plus célèbre et la plus dessinée. Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille. En 1957, elle décide de disparaître, purement et simplement, après un procès éprouvant pour fuir la célébrité et retrouver l’anonymat. Atteinte de schizophrénie, elle passera 10 ans en hôpital psychiatrique pour avoir poignardé sa propriétaire avant de revenir à Los Angeles à l’âge de 62 ans et de pouvoir bénéficier enfin des royalties de son travail et d’une retraite paisible en Californie.

D’elle on retient sa taille incroyablement fine (61 cm), ses yeux bleus, son regard mutin et sa frange courte noire. Elle fut l’une des toutes premières « playmates  du mois » en 1955 dans le magazine Playboy.

A 25 ans, elle quitte un milieu familial compliqué, avec un père sans le sou qui a fait de la prison et abuse d’elle, « Un obsédé de la pire espèce qui était prêt à fourrer son machin dans tout ce qui bouge, les vaches, les moutons, tout ! ». Elle se rend à New-York où elle tente de gagner sa vie comme secrétaire. C’est en marchant sur la plage qu’elle sympathise avec un photographe amateur, Jerry Tibbs. Elle s’arrête pour le regarder s’entraîner. Intéressée par le fitness pour sculpter son corps, elle entame une conversation avec lui. Voyant ses formes, il lui propose de servir de modèle. D’abord effrayée et suspicieuse, elle finit par accepter lorsqu’il lui montre sa plaque de policier. Tibbs vend les photos à des magazines de pin-up et le destin se met en marche. Elle sert de modèle dans les clubs-photo. Elle se fait remarquer par sa gaieté, sa joie de vivre et son naturel décomplexé et devient très vite la chouchoute des photographes.

En 1954, ses photos sont publiées dans une centaine de magazines. Très vite, elle devient modèle professionnel dans le milieu underground de la photo de nu qui fait l’objet de restrictions très strictes à l’époque. Lorsqu’on lui propose de gagner en quelques heures le salaire d’un mois, elle n’hésite pas une seconde et démarre une carrière d’égérie dans le bondage, des images de mise-en-scène sado-masochistes dans lesquelles le partenaire sexuel est attaché, ligoté, menotté ou suspendu. Le corset fait partie de la panoplie, ainsi que le cuir, les bottes, les combinaisons de latex, les camisoles, minerves et autres carcans. Elle est très vite remarquée pour son caractère jovial, gai et joyeux, qui en fait l’icône de la sexualité décomplexée et de la subversion au look sexy et sensuel. Elle seule combine à la fois le visage angélique et sympathique d’une « girl next door » et le corps ou les atouts d’une déesse de l’amour. En 1957, elle sera le modèle de la photographe Bunny Yeager dont la séance de photos au parc zoologique intitulée « Jungle Bettie » en compagnie de deux guépards et avec la tenue cousue par elle-même reste dans toutes les mémoires. Bettie devient « La reine des pin-up ». Sa carrière est à son sommet. Tous les hommes sont fous d’elle. Et pourtant, elle disparaît totalement.

L’absence fait naître alors la légende. La Reine du Vintage connaît une seconde vague de succès dans les années 1980. Des clubs de fans se créent et se lancent sur sa trace, tentant de la localiser. Les rumeurs vont bon train. On entend tout et n’importe quoi. En vérité, Bettie s’est tournée vers la religion, puis a essayé le mariage. Elle devient un objet de culte et de collection : on la retrouve en BD (« Rocketeer »), en tatouage, en peinture (Robert Blue), en statuettes et même sur les podiums de Haute Couture où l’on tente de copier son look, comme le fameux soutien-gorge à cônes de Jean-Paul Gauthier pour Madonna. Son influence est immense de Poison Ivy à Dita Von Tiese, en passant par le droïde BD-300 de Star-Wars ou encore Xena la guerrière.

Il aura fallu attendre 40 ans pour que Bettie, lors de sa toute dernière interview, révèle enfin son histoire… Après le procès de 1957, elle prend peur. Exposée, elle reçoit des lettres de menace. A 36 ans, ne supportant plus la pression, elle décide de disparaître. Elle retourne en Floride, se marie, divorce, se tourne vers l’église et veut se consacrer à Dieu. Retourne de nouveau en Floride, se remarie pour la 3ème fois avec un père de famille de trois enfants divorcé. Puis tombe malade, victime de schizophrénie, entend des voix, menace de tuer son mari et ses enfants, divorce en 1977… et sombre dans la folie avant d’être internée pour avoir poignardé à 27 reprises sa propriétaire en raison d’une affaire de loyer. Pendant 40 ans, elle n’a rien vu de tous ses fans et des nombreux artistes qui l’ont imitée, ni de sa notoriété. Elle qui rêvait d’être une star, en était devenue une, mais l’ignorait. Elle n’en prend conscience qu’en 1992 à 69 ans. C’est Dave Stevens, auteur de la série des Rocketeer (1982 à 1995), fan et ami de Bettie qui l’emmène dans une boutique : tee-shirts, posters, statuettes, calendriers, cartes téléphoniques… Tous ces objets célèbrent son culte et pourtant elle ne touchait aucun droit à l’image depuis 40 ans ! Elle meurt en 2008 à Los Angeles, à l’âge de 85 ans. Elle repose au cimetière de Westwood Village.

 

 

Documentaire « Bettie Page se dévoile » (2011)

 

 

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Bettie Page : Nashville 1923 ✟ Los Angeles 2008

Photo à la Une © Tony Tubino

 

 

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